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par
Rhodococcose chez le poulain

par Fondation Hippolia via JDG


 


« RECHERCHE ET PRÉVENTION DE LA RHODOCOCCOSE CHEZ LE POULAIN

 


La rhodococcose peut être à l’origine de lourdes pertes économiques à l’échelle de l’élevage sans prévention adaptée. Elle est la première cause de mortalité chez les poulains entre 1 et 6 mois. Identifiée en premier lieu en Suède en 1923, cette maladie a émergé en France dans les années 1980. Elle est aujourd’hui présente dans toutes les régions du monde où l’élevage et les échanges commerciaux de chevaux à l’international sont les plus dynamiques.


Depuis, plus de 20 équipes de recherche en infectiologie équine dans le monde se sont très sérieusement penchées sur la bactérie à l’origine de cette maladie : Rhodococcus equi (R. equi).


L’objectif est de limiter le nombre de cas et de trouver des solutions thérapeutiques efficaces pour les jeunes poulains atteints. La recherche médicale équine à de nombreux challenges à relever : compréhension des facteurs de risques environnementaux, amélioration du diagnostic clinique, mise au point d’un vaccin, et développement de nouvelles approches thérapeutiques. En Normandie, le laboratoire de pathologie équine (L.P.E.) de l’Anses (fondation Hippolia) a été un des premiers à faire de la lutte contre ce pathogène une spécialité. Ses travaux de recherche ont permis des avancées majeures. Où en est-on aujourd’hui ?


 


Quel état des lieux peut-on dresser ?


La bactérie Rhodococcus equi survit et se multiplie dans le sol jusqu’à 30 centimètres de profondeur. Les poulains se contaminent essentiellement en inhalant de la poussière qui véhicule des souches de R. equi virulentes. Les poulains sont en effet les seuls concernés par cette maladie. Leur système immunitaire encore immature les rend très vulnérables face à cette bactérie lorsque toutes les conditions environnementales sont réunies : une température élevée, des sols secs et dépourvus de végétation. Le docteur Séverine Cauchard, chercheur au L.P.E. de l’Anses, précise : « Il faut savoir que les poulains eux-mêmes et les chevaux adultes, porteurs asymptomatiques, peuvent excréter la bactérie et ainsi contribuer à la disséminer dans l’environnement par leurs crottins. » Toutefois, parmi toutes les souches de R. equi, seules celles porteuses d’un équipement génétique particulier, appelé plasmide de virulence, sont pathogènes et dangereuses. La prévalence (*) de cette maladie est estimée à environ 2 % des naissances annuelles en Basse-Normandie. Le taux de létalité est en revanche élevé et peut atteindre jusqu’à 80 % des animaux malades. Dans ces cas, la mortalité intervient entre l’âge de 3 semaines et de 4 mois. La forme clinique la plus fréquente est pulmonaire mais occasionnellement des formes intestinales ou ostéo-articulaires (ostéomyélites, arthrites) sont également diagnostiquées. La maladie peut donc se traduire cliniquement par des troubles respiratoires, des diarrhées ou des troubles locomoteurs. Toutefois, le diagnostic de certitude de la maladie est souvent d&ea cute;licat et posé tardivement ce qui réduit les chances de guérison. La survenue régulière de cas cliniques dans certains élevages alors que d’autres demeurent indemnes suggère que les facteurs favorisant l’apparition de la maladie seraient aussi liés à certaines pratiques d’élevage. De fait, la maladie sévit de façon enzootique dans certains haras. Le terme enzootique désigne une maladie animale qui sévit en permanence dans une région particulière ou dans un certain groupe d'individus.


 


Quelles sont les recherches pour améliorer le traitement ?


Longtemps, les chercheurs se sont heurtés à la difficulté de mettre au point un vaccin très efficace contre la rhodococcose, car il s’agit d’une maladie multifactorielle. Il n’existe pas encore de vaccin commercialement disponible, du fait de nombreuses contraintes liées directement aux caractéristiques de la bactérie d’une part, et aux particularités du système immunitaire du poulain d’autre part, ainsi qu’à l’absence d’un modèle expérimental autre que le poulain lui-même.


Maintenant, il est admis par tous qu’un objectif de vaccin parfait, alliant efficacité totale et innocuité, n’est pas atteignable. Il faut accepter un vaccin offrant une protection partielle. À ce sujet, Séverine Cauchard précise : « Il y a quelques années, notre équipe a démontré qu’une vaccination de la jument gestante était une approche intéressante. Cela permet au poulain d’avoir des anticorps dirigés contre la bactérie dès ses premières heures de vie, ceux-ci étant transmis par le colostrum. Actuellement ce vaccin est en phase de transfert industriel.


Il s’agit de la première étape avant les différentes phases requises pour aboutir à la commercialisation, qui peuvent prendre cinq à dix ans. Par ailleurs, d’autres équipes testent des vaccins à administrer directement au poulain, mais c’est plus compliqué car son propre système immunitaire est très immature. Nous savons que les éleveurs attendent beaucoup des chercheurs dans ce domaine, mais il ne faut pas oublier que c’est un processus très long avant qu’un vaccin n’arrive sur le marché, c’est pourquoi nous ne devons pas négliger les autres voies de recherche. »


Plusieurs pistes sont donc explorées. Pour le Dr Séverine Cauchard, la première chose est d’optimiser l’utilisation des antibiotiques actuels pour limiter l’émergence de résistance, c’est-à-dire pouvoir donner des conseils pratiques aux professionnels sur la pertinence de traiter ou non en fonction des symptômes et du diagnostic, à quelles doses, combien de temps. Deuxièmement, il s’agit d’étudier l’efficacité d’autres antibiotiques disponibles sur le marché. Aussi, d’autres pistes sont à envisager, comme elle le précise : « Dans notre laboratoire, nous étudions les peptides antimicrobiens. Ce sont des petites molécules naturellement produites par le cheval. Elles sont capables de tuer la bactérie R. equi sans risque de résistance. Pour l’instant il s’agit de recherche fondame ntale, mais cette voie est très prometteuse. »


Enfin, des recherches récentes ont montré qu’il existerait des différences génétiques entre les poulains atteints et ceux qui ne le sont pas. Caractériser ces différences génétiques devrait permettre à l’avenir la mise au point d’un test pour identifier à l’avance les poulains les plus à risque. D’un point de vue épidémiologique, aucune étude n’a actuellement démontré que la rhodococcose se transmet directement d’un animal à l’autre, donc il n’est probablement pas nécessaire d’isoler les individus malades malgré les risques de dissémination par les fèces.



Comment prévenir au mieux cette maladie ?


L’antibioprophylaxie est clairement contre-indiquée. Eneffet, alors que le traitement de référence repose sur l’administration de deux antibiotiques spécifiques (érythromycine, rifampicine), des problèmes de résistance (**) ont été observés. Le docteur Séverine Cauchard explique : « Des études ont montré qu’aux États-Unis certains élevages, où les antibiotiques étaient utilisés en prophylaxie médicale, ont vu augmenter le nombre de souches résistantes de R. equi de façon très inquiétante. Ces antibiotiques deviennent alors inefficaces pour traiter les poulains réellement malades. Par ailleurs, un problème éthique existe : cette bactérie est très proche de celle responsable de la tuberculose chez l’homme. On sait que la résistance au x antibiotiques se transmet entre bactéries. Enfin, utiliser ces antibiotiques de façon systématique chez tous les poulains comme mesure de prévention s’est révélé totalement inefficace pour limiter la propagation de la maladie. »


 


À l’heure actuelle, malgré les travaux de plusieurs équipes internationales, les professionnels ne disposent pas des moyens suffisants pour contrôler la maladie. En conséquence, si la recherche ne peut encore répondre complètement à la demande des éleveurs pour la traiter, les mesures de prophylaxie sanitaire sont aujourd’hui la solution la plus sûre pour prévenir les risques.


En premier lieu il s’agit de réduire la pression de contamination en limitant le nombre de juments suitées à l’hectare (par exemple 1 couple/ha) et le nombre de juments de passage. Il convient également de séparer les poulinières en transit des poulinières en stationnement permanent. Ensuite il est important de diminuer l’exposition des poulains à la poussière : limiter les zones poussiéreuses dans les paddocks et les herbages (éviter les paddocks en sable, arroser et ressemer les aires piétinées), ramasser régulièrement les crottins, limiter les aérosols poussiéreux dans les locaux (nécessité d’une ventilation de qualité dans les écuries et d’un nettoyage régulier en sortant les chevaux du box pendant le curage) permettront de se prémunir davantage.


Concernant les pratiques d’élevage, il apparaît évident de favoriser les poulinages précoces afin d’avoir des poulains les plus âgés possible pendant la période estivale : ceux-ci seront certes exposés à un sol sec et poussiéreux, et donc à des bactéries sous forme d’aérosol, mais à un âge où leur immunité sera suffisamment performante pour leur permettre de lutter contre la maladie. Les études ont aussi montré que plus la taille et la densité des élevages sont importantes, plus il y a de risques d’apparition de cas. Aussi, lorsque la rhodococcose est enzootique, une surveillance accrue entre les 10 jours et 4 mois de chaque poulain est recommandée avec une observation quotidienne du comportement, du rythme respiratoire et de la température. Une surveillance tous les 15 jours de la num&eacut e;ration formule, du dosage fibrinogène et de la sérologie est également indiquée. Ces mesures préventives permettront de détecter plus précocement la maladie et ainsi réduire les risques de mortalité, limiter la dissémination de la bactérie, et diminuer les coûts de traitement. Enfin, un assainissement des pâtures par chaulage est également recommandé pour réduire la concentration de R. equi dans le sol, contaminé via les crottins.


(*) Rapport du nombre de cas d'un trouble morbide à l'effectif total d'une population, sans distinction entre les cas nouveaux et les cas anciens, à un moment ou pendant une période donnés)


(**) Capacité des bactéries à résister aux mécanismes des antibiotiques censés les tuer ou contrôler leur développement. Lors d’un traitement, les bactéries non résistantes meurent, et celles qui sont résistantes ont toute liberté de se multiplier. Par ailleurs, ces capacités de résistance sont transmissibles d’une bactérie à l’autre, même entre souches ou espèces bactériennes différentes. »


 


 

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